Florence Thinard – Encore heureux qu’il ait fait beau

« Personne ne sut jamais comment, ni pourquoi, la bibliothèque Jacques-Prévert, un grand bloc de béton gris audacieusement cubique, avait un jour largué les amarres.
Ce que l’on sut, bien longtemps après, c’est que ce mardi-là, un 12 février froid et venteux, deux événements exceptionnels se produisirent.
Le premier eut lieu à 16 h 42 : Sarah Boubacar mit Saïd Hussein à la porte. Il est extrêmement rare qu’une bibliothécaire jette un lecteur dehors. Mais celui-ci rôdait depuis des heures comme un tigre en cage, de la salle des périodiques à l’espace multimédia, sans jamais, jamais ouvrir un livre, ni une BD, ni un journal. Le jeune pulvérisa les limites de l’immense patience de Sarah en déclarant aux 6e F ébaubis: « La lecture, c’est un truc de gonzesses ! »
Après la volcanique intervention de Sarah, Saïd sortit du hall en claquant la porte qui vibra longuement derrière lui. La bibliothécaire, sourcils froncés, lèvres pincées, poursuivit le rangement des albums ravagés par les petits de maternelle. »

© Florence Thinard, Encore heureux qu’il ait fait beau, éditions Thierry Magnier

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