Gérard Garouste

« J’ai peint 600 tableaux, ils portent ma signature mais pas de dates. Rien ne trahit les longs moments passés à ne pas peindre. Sur les toiles terminées, j’écris des lettres et des chiffres, un code secret qui m’amuse et que j’emprunte à un vieux système d’écriture babylonien, ça me permet de les classer et de les situer dans le temps. Ces signes mis bout à bout formeront un jour une phrase de cinquante lettres, que je ne dis pas, elle sonne comme une métaphore de ma vie. Il y a sûrement, derrière ce petit jeu, ce bon vieux fantasme de l’artiste qui veut croire que tout prendra du sens après la mort, qu’il laissera une trace. J’ai d’ailleurs glissé sous certaines toiles, Adhara notamment, bien des repentirs, c’est ainsi qu’on appelle les corrections des peintres, elles apparaissent au fil du temps quand la couleur s’use et laisse voir ses premières couches. On peut ainsi découvrir la cinquième patte d’un cheval chez Vélasquez, ou le corps d’une femme sur les genoux d’un homme quitté que Courbet avait finalement peint seul et le cœur en sang. Les repentirs me font penser au lapsus, à l’acte manqué. J’en ai glissé sous les couleurs autant qu’il y en a dans la vie. Ils apparaîtront quand je ne serai plus là, ainsi je parlerai encore. »

© Gérard Garouste avec Judith Perrignon – L’Intranquille – éditions L’Iconoclaste

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