Laurent Gaudé – Cris

cris

Marius
Je m’étais dit qu’il fallait garder un œil sur Jules. J’avais bien vu qu’il avait son air des mauvais jours. La haine au ventre. Et l’envie de courir tout droit, sans se coucher, sans esquiver, l’envie de ne plus se battre mais d’avancer, en injuriant la terre entière. Et c’est dans des jours comme ça qu’on meurt ici. Alors je m’étais dit que je ne m’éloignerais pas et que s’il fallait lui foutre un coup de crosse sur la nuque pour qu’il arrête de courir, pour qu’il tombe enfin et revienne à lui, pour qu’il ait peur à nouveau et n’oublie pas de sauver sa peau, je le ferais. Mais j’ai vite été pris, moi aussi, dans le feu. J’ai perdu Jules. J’ai perdu Boris. Et j’ai fait comme tout le monde : j’ai gueulé et j’ai couru.

© Laurent Gaudé – Cris – Actes Sud

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