La vie à deux

La vie a deux

« La grande blonde

Hazel Morse était une grande blonde qui appartenait à ce type de femme dont les hommes parlent avec un sourire entendu en faisant claquer leur langue. Elle était fière d’avoir le pied petit et, par vanité, se contraignait à ne porter que des escarpins ultra-pointus et d’une pointure trop courte. Un détail frappait en elle : c’étaient ses mains, appendices inattendus à des bras blancs aux chairs molles, semés çà et là de larges taches de rousseur. Elles étaient longues et frémissantes, avec de grands ongles en amande, comme des mains de primitifs. Elle avait tort de les défigurer par des bagues bon marché.
Elle n’était pas de ces femmes qui ressassent perpétuellement leurs souvenirs. Elle n’avait pas encore quarante ans mais sa jeunesse n’était déjà plus qu’une suite de jours flous et indistincts, une sorte de film à demi effacé, racontant les aventures d’étrangers.
A vingt ans, après la mort d’une mère aux contours imprécis, elle avait travaillé comme mannequin dans une maison de confection. La mode était alors aux femmes bien en chair et elle avait encore à cette époque un teint frais et une poitrine haute et ferme. »

© Dorothy Parker – La vie à deux – traduit de l’américain par Benoîte Groult – éditions 10/18
Couverture : détail de The Defenders of Virtue de Jack Vettriano

Vettriano

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