Joseph Kessel – Les Temps sauvages

Kessel by Bernard Allemane

La Grande Virée

Tout a commencé, en 1918. Aux premiers jours d’octobre.
La guerre enfin, depuis deux mois, avait change d jeu. Enfin, enfin, au bout de quatre années de vie sous terre, engluée à la boue des boyaux, l’ennemi avait cédé, craqué. Des millions d’hommes argileux, hirsutes, libérés des tranchées, s’étaient mis en marche. Les uns, les Allemands, reculaient, reculaient. Les autres les talonnaient sans répit. Notre escadrille, de terrain de fortune en terrain de fortune, se posait toujours plus avant. Elle était arrivée près de Sainte-Menehould.
On volait beaucoup. Repérages, reconnaissances, réglages de tirs, accompagnement d’infanterie, bombardements, combats, camarades perdus.
Ce matin-là, de bonne heure, observateurs et pilotes se trouvaient réunis, comme à l’ordinaire, dans la baraque du mess. Beaucoup portaient leurs vêtements de vol. Dehors, on entendait les mécaniciens tirer sur les hélices, lancer les moteurs. Tout était paré pour les missions. Un brouillard ténu d’automne, celui qui annonce les belles journées, se dissipait rapidement. Quelques minutes encore et les premiers à partir allaient sauter dans leur carlingue.

© Joseph Kessel, Les Temps sauvages, éditions Gallimard

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