Jonathan Coe – Testament à l’anglaise

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« Ce n’est pas parce qu’il a fait une école d’agriculture il y a vingt ans que George sait comment s’en sortir dans le monde moderne. Bon Dieu, il ne sait même pas ce qu’est un taux de conversion.
– Un taux de conversion ?
– Le rapport, explique patiemment Dorothy, comme à un ouvrier agricole à l’esprit obtus, entre la quantité de nourriture qu’on investit dans un animal et ce qu’on en retire en bout de chaîne, sous forme de viande. Vraiment, il suffit de lire quelques numéros de Farming express, et tout devient parfaitement clair. Vous avez entendu parler de Henry Saglio, j’imagine ?
– Un politicien, n’est-ce pas ?
– Henry Saglio est un éleveur de volaille américain qui a promis de grandes choses pour la ménagère britannique. Il a réussi à mettre au point un nouveau type de poulet qui atteint trois livres et demie en neuf semaines, avec un taux de conversion de la nourriture de 2,3. Il utilise les méthodes les plus modernes et les plus intensives », continue Dorothy avec animation, une animation que Mortimer n’a jamais vue briller ainsi dans ses yeux. « Pendant ce temps, ce triste crétin de George continue de laisser ses poulets picorer en plein air comme si c’étaient des bêtes d’agrément. Pour ne pas parler de ses veaux, qui dorment sur de la paille et sont libres de gambader encore plus que ses maudits chiens. Et il s’étonne de ne pas obtenir de la belle viande blanche !
– Mon Dieu, je ne sais pas…, fait Mortimer. Peut-être a-t-il d’autres choses en vue. D’autres priorités.
– D’autres priorités ?
– Eh bien, le… le bien-être des animaux. L’atmosphère de la ferme.
L’atmosphère ?
– Il y a parfois dans la vie autre chose que de faire du profit, Dorothy. »
Dorothy le regarda avec des yeux ronds. C’est peut-être sa fureur de s’entendre parler sur un ton la ramenant bien des années en arrière – le ton qu’un adulte adopte envers un enfant crédule – qui provoque l’insolence de sa réplique.
« Vous savez, papa disait toujours que tante Tabitha et vous étiez les farfelus de la famille. »

© Jonathan Coe, Testament à l’anglaise, traduit de l’anglais par Jean Pauvans, éditions Gallimard

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