Céline Minard – Faillir être flingué

Faillir-etre-flingue-Minard

Le chariot n’en finissait plus d’avancer. La grand-mère à l’arrière criait de toutes ses forces contre la terre et les cahots, contre l’air qui remplissait ses poumons.
Quand elle ne dormait pas profondément, insensible au monde, sourde, aveugle et enfin muette, elle criait furieusement dans le tunnel de toile qu’elle avait désigné comme son « premier cercueil » en s’y asseyant, au début du voyage.
Depuis des semaines, elle ne s’alimentait plus que d’une bouillie de blé. Une bouillie de plus en plus claire et liquide, confectionné à partir de sa réserve personnelle. Tirée du seul sac qu’elle avait exigé de prendre pour elle et qu’elle avait jalousement gardé sous sa tête en guise d’oreiller. Bien que son blé se soit rapidement gâté, elle avait refusé tout autre nourriture, hormis les petits poissons que prenait la gamine quand longeait une rivière. Les moisissures ne l’avaient jamais empêchée de manger. Sa mère, qu’elle appelait maintenant à grands cris dans son délire de très vieille femme, sa mère qui connaissait les plantes en recommandait la consommation à certaines périodes de l’année.

© Céline Minard, Faillir être flingué, éditions Rivages

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